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Matinale MMJ

La société a besoin d’une police républicaine qui tienne le coup.

Samedi 01 février 2020

David Le Bars et Gilles Soulé sont tous les deux commissaires divisionnaires. Après plusieurs années passées sur le terrain, ils ont décidé de s’engager pour une meilleure reconnaissance du métier et une vraie prise en compte des spécificités des policiers et de leur souffrance. David Le Bars en publiant un livre « La Haine dans les yeux ». Gille Soulé en proposant des formations permettant aux policiers d’apprendre à gérer leur stress.

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police républicaine qui tienne le coup

Quelles sont les principales souffrances subies par les policiers ?

Gilles Soulé. Par essence, la police est confrontée à la violence, la souffrance et la misère. À côté, il y a aussi une violence interne due à nos conditions de travail. En effet, le système de règles statutaires n’est plus forcément en cohérence avec la réalité que vivent les policiers. L’activité même et la gestion de la police, sont donc source de nombreuses frustrations. 

David Le Bars. On entre dans ce métier par vocation, parce qu’on a le goût de la justice et que l’on souhaite aider les autres. La grande frustration vient en premier lieu de la façon dont l’institution maltraite ses personnels. Au  quotidien, tous  les maux et toutes les attentes de  la société pèsent sur le policier. Et pourtant, on ne leur donne rien, ni les moyens, ni la reconnaissance. Pour moi, il est là le principal sujet de mal-être.

 

Le malaise policier est de plus en plus médiatisé, est-ce une avancée dans la prise en compte des difficultés du métier ?

Gille Soulé. Le monde a changé. Il y  a 30 ans, la situation était peut-être dégradée, mais ça ne se voyait pas forcément. Aujourd’hui, tout est public, tout le temps et très vite. Ce vecteur médiatique met en lumière des choses qui ne sont pas forcément nouvelles. De manière globale, le monde du travail a évolué plus vite que notre système institutionnel. C’est ce décalage qui augmente le malaise. 

David Le Bars. Aujourd’hui, il reste deux institutions ouvertes à tous les maux de la société, ce sont la police et l’hôpital. Elles subissent les mêmes maux pour les mêmes raisons : manque de financement,
manque de vision, manque de reconnaissance, manque de réorganisation…
Nous ne dénonçons plus seulement le manque de moyens.  La société est de plus en plus dangereuse et violente, elle a besoin d’une police républicaine qui tienne le coup et surtout pas d’une police
qui soit désarmée et affaiblie.

Pour un meilleur équilibre de  vie, quelles sont les actions qui pourraient être mises en oeuvre pour aider vos collègues ? 


David Le Bars. Proposer déjà des conditions de travail dignes. Il y a des endroits sur le territoire, où les conditions de travail pour le personnel sont absolument indignes. La plupart du temps, il s’agit de locaux
désuets, insalubres, parfois insécurisés, avec des moyens défaillants.  Quand on commence sa carrière
dans ces conditions, c’est déjà un mauvais signal envoyé au personnel qui, de plus, va exercer un métier très difficile.
Gille Soulé. Pour moi, il y a trois axes à observer. Premièrement, le sens du métier. Est-ce que je prends du
plaisir à ce que je fais et est-ce que je suis bien mentalement dans ce que je fais ? Le deuxième axe, c’est la
direction. Est-ce que l’institution sait donner, par son management, une direction à mon métier ? On a besoin de cette parole institutionnelle. Et dernier axe, la défense des valeurs qui sont communes dans l’institution. 

Dans ce contexte, quel est le rôle que pourraient avoir les mutuelles comme la MMJ auprès des policiers ?

David Le Bars. Les mutuelles devraient faire plus de pédagogie sur la nécessité d’être bien accompagné.
Nous sommes dans un métier où le risque létal est permanent, mais pas seulement, il y a aussi des
risques psychologiques, juridiques... 
Les jeunes policiers se sentent peu concernés. Les mutuelles ont un rôle à jouer pour les inciter à se couvrir, eux et leurs proches. Gilles Soulé. 80 % des jeunes qui entrent dans la police arrivent à Paris
ou en région parisienne. Ils arrivent seuls. Il y a ici une vraie problématique autour du logement et de l’accompagnement à creuser de la part des sociétés mutualistes.

 

Gilles Soulé
Commissaire divisionnaire et  formateur spécialisé dans le management, les techniques d’optimisation du potentiel, gestion du stress dans les écoles de Police.